| Résumé: |
Le patrimoine est souvent présenté comme un vecteur
du développement permettant aux territoires d’asseoir
et d’élargir leur offre, véhiculant l’image
de terres d’histoire et de culture, mais aussi d’espaces
préservés voire édéniques. On assiste
par ailleurs à une expansion continue des objets ou des sites
entrant dans le champ du « patrimoine » : jadis rural,
rustique et porteur de toute la nostalgie (urbaine) des terroirs
perdus, le patrimoine inclut aujourd’hui les cultures ouvrières
ou les friches industrielles. Tant il est vrai que comme le disait
jadis Edgar Morin (à propos de la Bretagne des années
1960), « il faut que le passé soit mort pour ressurgir
esthétiquement » (Morin 1967).
Cette notion multiforme oscille en effet entre monument et savoir-faire,
édifice religieux et bâtiment industriel, nature et
culture… sa valorisation commerciale quel que soit l’aspect
envisagé restant essentiellement saisonnière et touristique.
Elle hésite encore entre une utilisation symbolique, une
réconciliation avec le passé qui trouverait dans l’ouverture
au touriste une rentabilité nécessaire, forcement
limitée tant par la noblesse de la destination que par la
sélection de la clientèle.
La commercialisation du patrimoine, sa mise au service du développement
économique a été longuement analysée
dans ses aspects monumentaux ou naturels pour généralement
s’attacher à définir l’opportunité
et les limites de protéger en valorisant. Il est significatif
que les fonctions idéologiques initiales de la quête
patrimoniale et identitaire -liées au nationalisme et aux
divers régionalismes- aient ouvert la voie à une forme
de marchandisation généralisée. Les cultures
populaires, jadis réifiées en folklore, brandies comme
étendards des mobilisations ethniques, font maintenant dans
de nombreux cas l’objet d’une consommation de masse,
éclectique et indifférenciée.
Étudier le patrimoine comme processus de constitution symbolique
des identités collectives permet de considérer comme
« objet » non pas tel ou tel trait culturel empirique
défini comme ressortissant au patrimoine, mais bien le processus
de patrimonialisation lui-même. Il s’agit donc de prendre
pour objet le rapport au patrimoine, en interrogeant les modalités
actuelles, sociales et politiques notamment, du travail de production
symbolique des identités collectives, et généralement
du rapport au passé et à la culture.
Le colloque Vivre du patrimoine s’intéressera :
- aux différents ressorts de la construction d’une
image patrimoniale par des destinations qui ne disposent pas de
véritable patrimoine monumental (Irlande ou Corse/ Égypte)
- à l’utilisation différenciée des
différents éléments patrimoniaux (monumental,
« petit patrimoine », patrimoine naturel, immatériel)
dont dispose le territoire. Patrimoine entendu ici comme thesaurus
de savoir-faire, de pratiques, de représentations qui toutes
ont en commun peu ou prou d’être populaires.
- particulièrement aux aspects immatériels du patrimoine
dans leurs relations avec le patrimoine naturel. Ces dernières
seront envisagées dans une appréhension culturelle
et donc un souci de complémentarité voire de symbiose
afin d’éviter l’habituelle dichotomie entre
offre (culture / nature) et demande (masse/ élite). Les
auteurs devront encore s’interroger sur la réalité
économique et sociale d’une telle « offre »
qui au-delà des habituelles mises en scène d’un
« patrimoine mort » suppose une commercialisation
du vivant. Les problématiques classiques de la folklorisation,
des conséquences de la mono-activité touristique
pourront ici être abordées.
- à explorer les représentations réfléchies
par le patrimoine, qui s’arrogent aujourd’hui la faveur
des chercheurs, qu’ils appartiennent, par exemple, aux domaines
de la littérature, du « vernaculaire », de
l’histoire ou de l’ethnologie ; par définition
transdisciplinaire, cet axe de réflexion porte sur le processus
de patrimonialisation qui transcende la simple consécration
positiviste d’objets épars dont a déjà
été victime le corpus patrimonial.
- à la gestion du patrimoine- comme ingrédient social,
politique et économique des milieux de vie- dorénavant
tenue de participer à la production de l’identité,
plutôt qu’en être une simple consommatrice.
Parce que le patrimoine est une condition du maintien des spécificités
locales et de leur positionnement économique, mais aussi
parce que le patrimoine est une construction sociale, les décideurs
du XXIe siècle sont nécessairement confrontés
à la gestion des représentations collectives. Cet
axe de réflexion vise à explorer les dimensions
qualitatives de la gestion et les modalités de renouvellement
des mécanismes de résolution des problèmes
eu égard au patrimoine, considéré, dans ses
objets, ses usages et ses savoir-faire, comme cadre de vie et
comme catalyseur du vivre ensemble des sociétés
contemporaines.
Les participants s’attacheront :
- à analyser la motivation du voyageur pour certaines
destinations dont l’image patrimoniale (appréhendée
dans sa vision la plus classique) n’est pas pleinement affirmée,
et d’une manière plus générale à
la détermination culturelle de l’attractivité
touristique des régions périphériques.
- à préciser les conditions et conséquences
politiques, économiques, sociales des choix de production
et de valorisation faits par les acteurs publics et privés.
- à s'interroger sur l'intérêt de notre société
pour les « savoirs naturalistes populaires » comme
éléments caractéristiques du patrimoine.
L'inflation d'intérêt pour cette frange de la connaissance
procède sans doute des difficultés qu'éprouvent
aujourd'hui nos sociétés à gérer leurs
relations avec la nature et la culture : crise dans le rapport
à l'environnement, crise de la connaissance positiviste,
crise dans la transmission unilatérale des savoirs et reconnaissance
de la pluralité des procédures — sinon des
mécanismes — cognitifs, crise des identités
qui se décomposent et se recomposent.
Comité scientifique :
Françoise Benhamou (Université de Rouen), Bernard
Billaudot (Université de Grenoble II), Chiara Bortolotto
(EHESS), Jean-Louis Fabiani (EHESS), Jean-Marie Furt (Université
de Corse), Marie-Antoinette Maupertuis (Université de Corse),
Franck Michel (Université de Corse), Jean-Marc Olivesi (directeur
du Musée de la Corse), Paul-Marie Romani (Université
de Corse), Allaoua Saadi (Université Fédérale
de Belo Horizonte), Laurier Turgeon (Université Laval), Dominique
Verdoni (Université de Corse).
Comité d’organisation :
Jean-Marie Furt, Dominique Verdoni, Paul-Marie Romani, Marie-Antoinette
Maupertuis, Marie-Paule Santini, Christophe Luzi, Véronique
Lepidi, André Fazi, Dominique Grandjean.
Deuxième appel à communication :
Les propositions de communication (500 mots maximum) devront parvenir
au plus tard le 3 octobre 2008
à l’adresse suivante : fazi@univ-corse.fr. Une brève
présentation de l’auteur devra y être jointe.
Le comité scientifique rendra son accord de principe le
10 novembre 2008,
sous réserve d’envoi de la contribution définitive
au plus tard le 3 janvier 2009.
Les meilleures contributions devant faire l’objet d’une
publication, les normes à utiliser pour la rédaction
seront alors communiquées aux auteurs retenus.
Frais d’inscription :
Enseignants-chercheurs : 180,00 €
Étudiants : 90,00 €
Autres : 200,00 €
Les frais d’inscription incluent les buffets donnés
pour les déjeuners.
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