| Résumé: |
L'héritage et la perception de Byzance dans l'ensemble
de l'Europe du Sud-Est aux époques moderne et contemporaine
ont rarement été saisis comme sujet d'étude
à part entière.
L'historiographie, il est vrai, a été durablement
marquée par la célèbre Byzance après
Byzance de l'historien roumain Nicolas Iorga (1932). Pour ce dernier,
Byzance – «non pas seulement les dehors, mais aussi
l'essence» –, s'incarna dans les princes roumains issus
de l'aristocratie de l'ancien Empire jusqu'au début du XIXe
siècle. C'est alors que «l'immuable pérennité
byzantine», bouleversée par l'irruption des thèses
des Lumières dans les Balkans, chavira face aux nationalismes.
La guerre d'indépendance grecque, commencée en 1821
et appuyée par les philhellènes d'Occident, aurait
mis un terme à cette Byzance qui avait su survivre sans État
«quatre siècles après avoir vécu mille
ans».
Il nous semble aujourd'hui que le surgissement de nouveaux États
souverains au XIXe et au XXe siècle ne marqua pas un point
final, mais conduisit à autant d'appropriations de Byzance,
à des déclinaisons variées du souvenir, à
des dénis, voire bien au contraire à l'idée
d'un héritage commun à partager. Qu'en est-il de ces
anciennes terres d'Empire ou de celles qui, au Moyen Âge,
furent durablement influencées par le voisinage du basileus
de Constantinople? De la Grande Idée grecque aux guerres
balkaniques récentes, de la politique des Églises
orthodoxes aux historiographies nationales, combien d'empreintes
sous-jacentes du passé médiéval? Quel héritage
byzantin, donc, pour l'ensemble du Sud-Est européen?
Deux ouvrages collectifs ont fait œuvre de pionniers sur ce
thème et doivent être mentionnés : le premier
édité par L. Clucas (The Byzantine Legacy in Eastern
Europe, 1988), l'autre par J. J. Yiannias (The Byzantine Tradition
After the Fall of Constantinople, 1991). Toutefois, ils furent surtout
consacrés à l'héritage de Byzance en Russie
et en Grèce ainsi qu'à l'histoire de l'art. La Grèce
a reçu une attention particulière de la part des chercheurs
(il faudrait citer les travaux de Sp. Vryonis, de P. Kitromilides,
de R. Argyropoulos, et le recueil de D. Ricks et P. Magdalino, 1998),
de même que la Roumanie, où les thèses de Nicolas
Iorga ont continué d'être débattues (voir les
travaux d'A. Pippidi). Récemment enfin, plusieurs volumes
ont étudié les «néobyzantinismes»
d'élites intellectuelles d'autres espaces européens
dont le lien culturel avec Byzance est plus artificiel (Cormack
et Jeffreys, 2000, pour le Royaume-Uni ; Auzépy, 2003, pour
l'Europe de l'Ouest essentiellement ; Konstantinou, 1998, pour la
littérature européenne; Bullen, 2003, pour l'architecture).
Il nous a semblé que le sujet méritait d'être
reconsidéré, qu'il autorisait la comparaison, les
histoires croisées et la prise en compte de l'aire sud-est
européenne dans son ensemble. Voici quelques axes proposés
aux participants du colloque: Byzance et l'ethnogenèse des
peuples de l'Europe du Sud-Est; l'usage politique et idéologique
de Byzance par les États-nations; les Églises nationales
et l'héritage de Constantinople; la culture byzantine et
la notion de patrimoine national. Le champ chronologique est ouvert:
du XVIIIe siècle à nos jours.
C'est à une vaste réflexion sur une Byzance continuée,
retrouvée ou réinventée dans cette région
d'Europe qu'invite le colloque d'Athènes.
|